08/07/2003

Mémoires d’une amnésique

J’aurais dû appeler mon blog "Memento", en référence au film de Christopher Nolan. Un homme qui se tatoue des messages sur le corps pour se souvenir. Et bien, moi, c’est pareil. Le support est juste quelque peu plus virtuel et considérablement moins original.
 
J’oublie tout ! Les dates, les chiffres, les prénoms, les noms, les titres, les auteurs, les âges, les numéros,... L’étendue des dégâts est considérable. Le constat hallucinant. C’est mon âme toute entière qui est frappée d’amnésie. Alors, avec la minutie d’un scribe, je répertorie. Un livre, une théorie, un article, une pièce de théâtre, un film, un concert, une émotion, une citation,... tout y passe. Fixer est devenu mon obsession. Ma hantise. Ma raison d’être.
 
Et toujours cette fascination (empreinte de jalousie) pour celles et ceux qui se souviennent. "La métaphysique des tubes" d’Amélie Nothomb. L’auteur y retrace les trois premières années de sa vie. Impensable ! Ma mémoire à moi est atrophiée. En jachère. Aucun souvenir avant l’âge de 12 ans. Rien. Le néant. Juste quelques sillages ci et là, à l’abandon.
 
Oh, ce n’est pas nouveau. J’ai une "mémoire amnésique" depuis toujours. "Votre fille efface de sa mémoire les épisodes pénibles de son enfance. Il s’agit d’un mécanisme de défense inconscient... bla bla bla" Bravo messieurs les pédiatres. Mais pourriez-vous m’expliquer en quoi la date d’anniversaire de Pat, mon propre numéro de gsm ou encore le prénom de ma voisine de table (six fois répété) constituent des dangers tels qu’il me faut les oublier dans la seconde !
 
Julie. Mise en boîte le 7 février 73. Mémoire en rupture de stock !
 
Rassurez-vous, on vit très bien en l’absence de souvenirs. On vit "au-jour-le-jour". On n’est jamais malheureux car on n’a pas souvenance des jours heureux. Toute comparaison est vaine.
 
J’ai entendu dire qu’un poisson rouge avait une mémoire de quelques secondes. Antidote à l’ennui, à l’indifférence ? Seul dans son 150 centimètres carré, il (re)découvre indéfiniment son royaume aquatique. Encore et encore. Toutes les poignées de secondes, il s’émerveille, s’émeut et s’inquiète. JE SUIS UN POISSON ROUGE !!!
 
L’autre avantage d’une mémoire "hors service", c’est qu’on se remet de tout… avec une rapidité déconcertante. Une blessure profonde ? On oublie. Une déception brutale ? On oublie. Une prise de conscience féroce ? On oublie. Une traîtrise venimeuse ? On oublie.
 
Puis parfois, sans prévenir, on oublie d’oublier. Et on se souvient. Vaguement. Juste assez pour se dire qu’il vaut parfois mieux oublier.
 
Retour au point de départ !
 
J’aurais dû appeler mon blog "Memento"...
 

09:24 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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