16/07/2003

Povro Picasso

‘Je hais Picasso. Il a déjà tout fait’. Voilà comment débute Pollock, réalisé et interpreté par Ed Harris. La critique est unanime. Moi, partagée.

Travaux pratiques : achetez une reproduction format carte postale d’une toile de Jackson Pollock. Déposez le document sur votre bureau, bien en évidence. Patientez jusqu’à l’arrivée d’un de vos collègues. Observez attentivement : regard interloqué - moue dubitative - grimace d’écoeurement. 3... 2... 1... 'Mais qu’est-ce que c’est ? De l’art ? Ca !' La preuve empirique qu’il est difficile d’aimer l’oeuvre de Pollock sans la comprendre, ou du moins la resituer dans son contexte.

Flash back. Fin des années 40. Hiroshima est dans toutes les mémoires. Besoin d’un nouveau langage pictural, d’une nouvelle identité culturelle, d’un nouveau départ. Le mal-être des années 20 donna naissance au Constructivisme, au Surréalisme et au Dadaïsme. L’après seconde guerre mondiale engendrera (dans la douleur) l’Expressionnisme abstrait. Son chef de file : Jackson Pollock.

Ce qui distingue Pollock (et en fera la notoriété) ? La technique du dripping... consistant à laisser ruisseler la peinture, à la faire gicler sur une toile libre posée à même le sol. Le processus créatif imaginé par l’artiste est spontané, dynamique et gestuel. Pollock appréhende l’art comme une action et privilégie le travail du corps. De jamais vu.

Et dire que Picasso n’y avait même pas pensé !

Un art viscéral critiqué quelques années plus tard par Andy Warhol, pointant un bout de nez vorace dans le jardin des valeurs établies. Au contraire de l’Expressionnisme abstrait, le Pop-Art créera des oeuvres figuratives à l’aide de techniques inexpressives comme la sérigraphie. Le jour et la nuit. Le Yin et le Yang. Le Pop-Art et l’Expressionnisme abstrait.

Tout cela se retrouve dans Pollock... en filigrane. Il faut être devin ou savoir ‘lire entre les prises’. Ed Harris a préféré mettre l’accent sur la personnalité du peintre plutôt que sur son oeuvre. L’homme mis-en-film est contestataire, torturé, nombriliste, égoiste, orgueilleux et autodestructeur.

Quel dommage de réduire toute l’oeuvre de Pollock à un vulgaire stéréotype. Celui de l’artiste maudit. Névrosé et dépressif.

La critique est unanime. Moi, partagée.


09:19 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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