12/08/2003

Apologie de l’excès

La sentence est tombée comme un couperet : Julie, tu es beaucoup trop excessive.
 
Non mais, c’est ça, vas-y... plante-moi un couteau dans le dos tant que tu y es. Tranche-moi la gorge. Ouvre-moi le bide. Arrache-moi les yeux. Et puis c’est quoi ce BEAUCOUP TROP excessive. Comme si excessive ne suffisait pas ! Quelle ignoble traîtrise ! N’importe qui... mais pas LUI... le seul mâle sur cette planète pour lequel j’avais encore un semblant de confiance. Une once de considération.
 
Que répondre ? Une insulte ? Mauvaise idée. On n'insulte pas son meilleur ami. C’est comme ça, c’est la règle. Un gifle ? Surtout pas, ça ne ferait que confirmer ses accusations. Un c’est celui qui le dit qui l’est aurait pu faire l’affaire... si je n’avais fêté mes trente ans il y a peu. J’opte finalement pour un rictus écoeuré, à la limite du vomissement. Le tout ponctué d’un soupir d’exaspération.
 
Il aurait pu s’arrêter là. Et bien non... mon bourreau s’acharne et m’achève d’un misérable c’est à la fois ton plus gros défaut et ta plus grande qualité. Je manque d’air. Je défaille. A l’aide quelqu’un. MAY DAY. Je répète MAY DAY. S.O.S. Is there someone to Save Our Soul ? Ma plus grande qualité : l’excès ! Et ma joie de vivre alors ? Ma générosité ? Mon sens de l’humour ? Ma spontanéité ? Mon enthousiasme ? Ma sincérité ? Envolés. Finis. Terminés.  Ma seule et unique qualité : être BEAUCOUP TROP excessive. Vite, une arme, une falaise, une piqûre, une corde, un objet contondant… quelque chose pour abréger mes souffrances. N’importe quoi !
 
Et tous ces visages fantomatiques qui ne cessent de ponctuer ce réquisitoire d’un mouvement de tête approbateur. Mon Dieu, mais qu’ai-je donc fait pour mériter ça ? Qu’on en finisse. Vite !
 
Soudain, c’est le coup fatal, asséné avec une violence démoniaque : C’est vrai Julie, quand donc apprendras-tu à te modérer. Tu n’as plus 15 ans tout de même !
 
Du sang... Beaucoup de sang... Des litres de sang...
 
JAMAIS
Vous entendez ?
JAMAIS

 
Je hais la modération. Je me complais dans l’extrême. L’indifférence me répugne.
 
J’idolâtre ou j’exècre
J’éclate de rire ou fond en larmes
Je jeûne ou m’empiffre
Je suis sobre ou complètement ivre
J’ai 15 ou 200 ans
Je flambe ou épargne scrupuleusement
Je prône l’ascétisme ou la débauche
Je m’éclate ou m’ennuie à mourir

 
Je suis TOUT ou RIEN
Je suis NOIR ou BLANC

 
J’amplifie
J’exagère
J’en fais trop
Tout le temps et en toutes circonstances

 
C’est ma marque de fabrique
Mon certificat d’authenticité

 
Syndrôme de l’exposant 10
Exposant 100
Exposant 1000

 
Et rien à foutre de la théorie du Ni... Ni. Franchement, c’est tout de même pas un obèse qui va m’indiquer la Voie du Juste milieu !
 
Silence...
 
Quelque chose à ajouter ?
 
Silence...
 
Depuis, mes amis ne m’ont plus jamais reproché d’être BEAUCOUP TROP excessive ! Ils se contentent juste de placer ci et là (l’air de ne pas y toucher) que L’excès nuit en tout, que Tout ce qui est excessif est insignifiant, ...
 
Hein... quoi... pardon... quelqu’un a parlé d’excès ?
Euh, non... personne... pourquoi ?
Oh, juste comme ça...

 
C’est beau l’amitié tout de même… Vous ne trouvez pas ;-)

12:15 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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