01/09/2003

DELIRIUM TRE-VICE

Tiens, tu t’intéresses au Marquis de Sade? Un réflexe idiot me fait me retourner, genre Mais à qui s’adresse-t-il donc? Mouvement inopportun [voire ridicule] compte tenu du fait que nous sommes seuls dans cet appartement depuis maintenant plus d’une heure !
 
Euh, ben, ... Je m’apprête à répondre par la négative lorsqu’il extrait triomphalement de ma bibliothèque un livre jauni au titre évocateur : Marquis de Sade. Font rouge * Size 72 * BOLD. Décontenancée, je reformule une série de Euh, ben, ... tout en essayant de me rappeler d’où peut bien provenir ce satané bouquin. Pas la moindre idée ! Je m’approche en grommelant un Il ne m’appartient pas. Ca doit être à... quand je découvre avec stupeur les annotations. MON écriture. Indéniablement.
 
Croyez-moi ou non : à cet instant précis, je n’ai absolument pas souvenance d’avoir un jour ou l’autre parcouru l'ouvrage incriminé. Rien. Pas l’ombre d’un souvenir. Je l’arrache littéralement des mains de mon interlocuteur [devenu insignifiant, cela va sans dire] et le feuillette nerveusement, dans l’espoir d’y trouver un indice susceptible de rafraîchir ma mémoire. Quand ai-je donc bien pu acheter, lire et annoter un bouquin sur la vie et l’oeuvre du Marquis de Sade ?
 
Une voix [nasillarde, limite agaçante] me sort brusquement de ma torpeur : C’était un gros pervers, non, le Marquis de Sade? Crispation. Je ne savais pas que tu aimais ce genre de littérature! Bouillonnement. Le moindre signe d’exaltation et il est dehors. Illico presto. Le pire n’est jamais décevant : un clin d’oeil ! COMBLE de la ringardise... DEHORS. OUT. Bon débarras.
 
‘Malheureux Sade ! Ce professeur de liberté est le plus méconnu des hommes, on le sait, on l’a dit, on le répète...’ C’est ainsi que, pour la seconde fois, je fis la connaissance du divin marquis. L’homme de tous les scandales. Le dépravé. L’infâme.

 
La question qui vient directement à l’esprit est la suivante : Sade s’est-il comporté comme ses personnages ? Toute sa vie, il aurait clamé être un libertin mais pas un criminel. L’analyse de sa correspondance révélerait un personnage tourmenté, malheureux, puéril, sensible à l’amitié et à l’amour, cabotin, cynique, coléreux et lucide. Ainsi, pour beaucoup, l’oeuvre du Marquis serait exclusivement le résultat d’une imagination débordante aiguisée par un enfermement long et douloureux. Onze années de solitude qu’il aurait compensé en écrivant. Sans quoi, il aurait très certainement perdu la tête. L’écriture comme exutoire... étrange impression de déjà-vu ! Si le Marquis a donné son nom au sadisme, ce serait donc plus pour son imagination que par l’exemple de sa vie. Reste maintenant à savoir si sans ces années de réclusion, le libertin débridé serait devenu l’homme de lettres que nous connaissons aujourd’hui ? 
 
Bouquin intéressant. Personnage fascinant. Mais je n’irai pas plus loin. Je laisserai aux amateurs du genre le soin de lire Les Infortunes de la vertu, Les 120 journées de Sodome ou La philosophie dans le boudoir. La lubricité, la perversion, les déviances... c’est franchement pas mon truc. Désolée cher Marquis.
 
Quant au fameux il... je ne l’ai jamais revu. Ni lui, ni son clin d’oeil ravageur ;-)   
 

09:02 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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