03/12/2003

MOTHER INDIA

L’Inde. A peine arrivés, certains n’ont qu’une seule idée : prendre le prochain avion pour repartir. D’autres persévèrent, ont du mal à s’y faire mais, dès leur retour, ne rêvent que d’y retourner. Enfin, il y a les inconditionnels, les amoureux, ceux qui en gardent une nostalgie permanente.

Je fais partie de la seconde catégorie. Ceux que l’Inde a séduit progressivement. Ceux à qui elle a dû faire ses preuves. Ceux dont elle a finalement su conquérir le coeur malgré la poussière, l’extrême misère, les regards sombres et insistants, la pollution, l’injustice, l’infamie, le chaos, les corps décharnés, l’odeur pestilentielle, ...

Je me suis longtemps demandé ce que l’Inde avait de si particulier. Ce qui poussait certaines personnes à tout quitter pour s’y exiler un mois, un an, une vie. J’ai compris. L’Inde englobe. Mother India, mère de tous les égarés, aspire par succion. Comme l’écrit si justement Pascal Bruckner*, l’Inde insuffle une nonchalance qui pousse à ne plus résister à rien, à lâcher-prise.

Ca faisait un moment. Un moment que je cherchais, sans savoir réellement quoi. La réponse était ailleurs. Je l’ai trouvée en Inde. Le vide. Le relâchement du corps et de l’esprit. Cette impassibilité dont seuls les Indiens ont le secret. La liberté. S’égarer sur une terre qui offre à elle seule l’abject et le sublime. Ne plus penser à rien ni à personne. Lâcher-prise, tout simplement.

Depuis mon retour, je n’ai plus qu’un souhait : retrouver cette terre salvatrice. Retrouver l’odeur du bois de santal, la saveur des épices, la beauté des saris, la complainte des sitars, le ventre rond du dieu Ganesh, la finesse des miniatures, les femmes aux allures de princesse, l’effervescence des rues poussiéreuses, le charme des rickshaws, la nonchalance des vaches sacrées, les peaux sombres au goût de safran, ...

En Inde, j’ai fait une promesse. Celle d’y revenir un jour ...

 
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* Parias, Pascal Bruckner, Editions du seuil, 1985.
A lire également : ‘L’Equilibre du monde’ de Rohinton Mistry, ‘L’Odeur de l’Inde’ de Pier Paolo Pasolini, ‘Nocture indien’ de Tabucchi, ‘Renaître en Inde’ de Guy Deleury, ‘Une princesse se souvient’ de Gayatri Devi.

08:42 Écrit par julie dans Inde / Népal | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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