10/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [4/10]

Cinq heures du matin. Il fait encore nuit à Varanasi. Nous quittons l’hôtel. Les rickshaws nous déposent à l’entrée d’une ruelle étroite. Nous continuons à pied pendant une quizaine de minutes. Partout, des corps sont allongés à même le sol. Impression d’une ville fantôme, d’une ville mouroir. Ceux qui ne dorment pas mendient. Soudain, à quelques mètres, nous l’apercevons : le Gange est là, devant nous. Ganga Mata, la Mère Gange comme l’appellent les Indiens. Nous embarquons. Une légère brume recouvre la surface de l’eau. Silence. La rive est une succession de quais et d’escaliers, les fameux gaths. Derrière se dressent des temples et d’anciens palais à l’abandon. Atmosphère onirique. La vie et la mort, la réalité et le rêve se côtoient. Lentement, nous longeons les quais tandis que le soleil se lève. Immergés jusqu’à la taille, des hommes et des femmes procèdent à leurs ablutions rituelles. Ils se purifient le corps et l’esprit. Une aura mystique se dégage de l’ensemble. Intensité spirituelle. Ferveur religieuse. Nous approchons des gaths funéraires. Pour les Hindous, être incinéré le long du Gange, c’est échapper au cycle infernal des réincarnations. Incinération publique, à la vue de tous et toutes. Presque avec désinvolture. Sans gêne ni tristesse. Rêveuse, je fixe la surface de l’eau. Cette eau purificatrice dans laquelle on plonge les corps avant l’incinération. Cette eau sacrée dans laquelle on répand les cendres, on immerge les corps non brûlés des enfants et des lépreux. Cette eau tout droit issue des glaciers himalayens et dans laquelle se déversent les déchets d’une des villes les plus polluées au monde. Je plonge mon bras droit dans l’eau trouble et souris. Je rêve au mythe créateur selon lequel Shiva aurait détourné Ganga Mata du ciel et l’aurait recueillie dans sa chevelure afin d’en amortir la chute sur la Terre. Profonde impression de paix intérieure, de bien-être, de joie, de fierté, de tranquillité. Je souris. (...)
 
Inde, Varanasi, les gaths
 
Lecture conseillée : 'Une terrasse sur le Gange', Pankaj Mishra, Editions Calmann-Lévy

09:00 Écrit par julie dans Inde / Népal | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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