12/01/2004

S.

S. est un quelqu’un de bien. C’est du moins ce que prétend P., son élève.

S. est laid, voire repoussant, mais séduit par sa vivacité d’esprit et sa pureté morale. Son dada ? La maïeutique ou l’accouchement des âmes. Une expression pompeuse qui revient finalement à dire qu’apprendre, c’est se ressouvenir. Un zeste de dialogue... et voilà qu’un savoir inné referait surface.
 
Notre bon vieux S. est également réputé pour son ironie. Ses bêtes noires ? Les Sophistes... qu’il déteste et auxquels il reproche de délivrer une vérité préfabriquée. Et c’est avec cynisme qu’il leur lance : 'Moi, au moins, je sais que je ne sais pas !'. Car pour S., l’illusion du savoir est le plus grand obstacle au savoir en tant que tel.

S. va jusqu’à interroger le temple de Delphes pour en apprendre davantage sur la vie. 'Connais-toi toi-même' lui répond l’Oracle. Parce que la sagesse, c’est d’abord apprendre à cultiver en soi ce qu’il y a de plus élevé.

Et ce n’est pas tout. S., l’original, se parle à lui-même. Ou plutôt parle à ce qu’il appelle son daimon. Un dieu intérieur, audible à lui seul, qu’il invoquerait pour justifier ses actes et paroles. Freud n’a qu’à bien se tenir !

Pour toutes ces raisons, S. dérange.

En 379 avant J.-C., S. est accusé de corrompre la jeunesse et condamné à boire la ciguë. Une sorte de Jésus-Christ avant l'heure.

S. n’a rien écrit de son vivant. Tout ce que l’on sait de lui, c’est P., son élève, qui nous l’a rapporté.

S. devait être quelqu’un de bien (...)

09:20 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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