13/04/2004

Le juste choix

Pouvoir choisir ses futurs parents sur catalogue, avant sa naissance, est un privilège. Pour bénéficier de cette prérogative exceptionnelle, il faut avoir accumulé un certain nombre de points karmiques durant ses vies antérieures. C’était mon cas. Me voilà donc, à l’aube de ma vingt-deuxième réincarnation, chargée d’une responsabilité peu banale : sélectionner a priori mes futurs parents, sur base d’imposants listings tendus par une brochette d’anges bien intentionnés.
 
‘Commençons par le père’, me lancèrent-ils en choeur. Je constatai ainsi que, même au ciel, la galanterie ne semblait plus très prisée. Je me gardai toutefois de faire le moindre commentaire sarcastique à ce propos, compte tenu de la population locale. Effectivement, je vous confirme que tout ce qui a été dit quant au caractère asexué des anges est… faux. Soit !
 
Je commençai donc par le paternel [comme cela m’avait été si gentiment suggéré] et compulsai d’impressionnants catalogues d’attributs. Je constatai rapidement que toute une série de traits de caractère m’étaient imposés d’office. Il s’agissait bien entendu des propriétés communes à l’ensemble de la gent masculine. Je ne voudrais blesser personne en les énumérant ici, la liste n’étant pas [il faut bien l’avouer] très glorieuse. Je ne me permettrai pas non plus, rassurez-vous messieurs, d’émettre le moindre jugement sexiste… ayant moi-même été un homme dans certaines de mes vies précédentes.
 
Bon, revenons à nos moutons, ou plus exactement à mes parents. Alors, quel père choisir ? Ma préférence se porta spontanément sur un artiste. Contestataire, grandiloquent, charismatique et génial… cela va sans dire. Moue dubitative des anges en présence : ‘Les artistes sont de mauvais pères. Ils sont égoïstes et ne pensent qu’à leur art’, me sifflent-ils sournoisement. ‘Merveilleux’, m’exclamais-je, ‘J’ai toujours préféré les génies aux bons pères de famille’ ! Je confirmai donc mon choix avec empressement, priant Dieu qu’aucun de ces ‘rabats joie à plumes’ ne relance le débat. ‘Et si nous passions maintenant à ma future mère’, leur lançais-je avec enthousiasme, histoire d’éviter toute nouvelle contestation.
 
Second listing. Second choix. Cette fois, plus classique. J’optai pour une valeur sûre, indémodable. Une mère équilibrée, optimiste, joviale et courageuse. Pas trop brillante tout de même, afin d’éviter qu’un complexe parental d’infériorité ne vienne ternir une personnalité promise à un bel avenir. Je la choisis par ailleurs modérément affectueuse, me préservant ainsi des effusions grotesques dont j’ai toujours eu horreur.
 
Voilà, le sort en était jeté et ma requête officiellement communiquée aux instances supérieures. Il ne me restait donc plus qu’à attendre que mes futurs parents soient localisés et connectés. Une sorte de ‘mariage arrangé’ si vous voulez, n’en déplaise aux romantiques et autres doux rêveurs.
 
Suivra à cela l’intervention remarquée du célébrissime Cupidon [pour l’anecdote, aussi ridicule en vrai que sur les représentations qu’en font les humains] et son non moins célèbre arc à flèches. Vous connaissez la suite !
 
Voilà donc comment je choisis a priori ceux qui allaient devenir mes parents. Les anges avaient raison, avoir un père artiste, c’est pas facile tous les jours… mais bon, globalement, je suis assez satisfaite de mes choix. Oui, ce serait à refaire, je ne changerai rien. Ou alors, pas grand-chose (…)

09:10 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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