27/04/2004

Douleur exquise

"Je suis partie au Japon le 25 octobre 1984 sans savoir que cette date marquait le début d’un compte à rebours de 92 jours qui allait aboutir à une rupture, banale, mais que j’ai vécue alors comme le moment le plus douloureux de ma vie (…)"
 
Douleur exquise. Trois volets. Trois thématiques.
 
Il y a tout d’abord le voyage au Japon, en transsibérien. Les photos du périple sont tamponnées et indiquent la distance au jour "J", celui de la rupture. Imprévisibilité. Elle ne se doute de rien. Elle a confiance. Et pourtant. Douleur J -92 : à son insu, le compte à rebours est lancé. Les clichés de voyage défilent, agrémentés de notes et de lettres manuscrites.
 
Il y a ensuite la rupture, annoncée par téléphone le 25 janvier 1985, à deux heures. New Delhi. Chambre 261. Le téléphone de l’hôtel Impérial, annonciateur du drame, est rouge. Ecarlate. L’homme qu’elle aime lui annonce qu’il la quitte, pour une autre. Une trahison vécue par l’artiste comme le moment le plus douloureux de son existence.
 
Il y a enfin "l’après douleur". L’exorcisation du mal. Le deuil. Sous l’effet de la répétition, la douleur s’estompe, s’épuise à force d’être ressassée. On pense alors à Warhol et à sa série des chaises électriques. L’atrocité répétée, multipliée froidement devient progressivement supportable.
 
Et puis, au fil du temps, la mémoire chancelante déforme le passé, l’adoucit, le transforme. Mécanisme de défense ? De survie ? Les jours passent. Elle (l’) oublie peu à peu. Parallèlement, au fil des pages, l'écriture blanche sur fond noir devient grise, puis fonce progressivement jusqu'à disparaître.
 
Démonstration esthétique à laquelle vient s’ajouter une série de témoignages de personnes ayant répondu à la question: "Quand avez-vous le plus souffert ?". Un moyen comme un autre pour l’artiste de relativiser sa peine. Et ce, même si les douleurs ne sont ni comparables, ni mesurables. Il est toutefois troublant de constater, au travers des témoignages publiés, que les douleurs semblent toujours issues des mêmes drames, ceux liés à l’Amour et à la Mort !
 
Bel objet. Peu à lire. Tout à comprendre. Eloge de l’esthétisme. L’idée remplace le livre. Le texte est conceptualisé, mis en espace. Les photos deviennent des pièces à conviction, tamponnées comme telles. L’ensemble s’axe autour de trois thèmes, étonnamment si proches de mes (nos ?) préoccupations actuelles : l’imprévisibilité, la douleur et la mémoire.
 
Reste à élucider un point. Pourquoi "exquise" ? En quoi cette douleur est-elle "exquise" ? Je pense immédiatement au jeu d’écriture automatique inventé par les surréalistes. Je pense au "Corps exquis" de Poppy Z.Brite. Je cherche trop loin ! En médecine, "douleur exquise" serait le nom scientifique donné à une douleur intense et localisée en un point. Tout simplement.
 
"Quand avez-vous le plus souffert ?". Cette question aussi m’interpelle. Je devrais y répondre un jour. Y réfléchir.
 
Plus tard.
Oui.
Ce sera pour plus tard (…)


11:31 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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