30/04/2004

Lobotomie pharmacologique

Les neuroleptiques… peut-être l’une des plus grandes inventions thérapeutiques du siècle dernier. Avec les anti-dépresseurs et les tranquillisants. Ce n’est pas moi qui le dis… c’est Jean Thuillier dans son livre Les dix ans qui ont changé la folie, la dépression et l’angoisse. Près de 400 pages pour décrire une épopée médicale, celle de la découverte des premiers psychotropes. Une trouvaille, faites d’expérimentations et de coïncidences, qui révolutionna le traitement des maladies mentales. On parle alors de médicaments de l’âme, de nouvelles thérapeutiques médicamenteuses, de psychophramacologie. C’est la fin des lobotomies, des électrochocs, des cures de Sakel et des camisoles de force. Le métier d’aliéniste est condamné à disparaître. Après de longues années en hôpitaux psychiatriques, des aliénés retrouvent enfin une vie normale et active. La psychiatrie s’impose comme discipline médicale. Nous sommes début des années cinquante. Jean Thuillier est psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris. Dans Les dix ans qui ont changé la folie, la dépression et l’angoisse, il retrace avec légèreté, humour et rigueur cette révolution thérapeutique. Du pur bonheur (…)

09:14 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/04/2004

Douleur exquise

"Je suis partie au Japon le 25 octobre 1984 sans savoir que cette date marquait le début d’un compte à rebours de 92 jours qui allait aboutir à une rupture, banale, mais que j’ai vécue alors comme le moment le plus douloureux de ma vie (…)"
 
Douleur exquise. Trois volets. Trois thématiques.
 
Il y a tout d’abord le voyage au Japon, en transsibérien. Les photos du périple sont tamponnées et indiquent la distance au jour "J", celui de la rupture. Imprévisibilité. Elle ne se doute de rien. Elle a confiance. Et pourtant. Douleur J -92 : à son insu, le compte à rebours est lancé. Les clichés de voyage défilent, agrémentés de notes et de lettres manuscrites.
 
Il y a ensuite la rupture, annoncée par téléphone le 25 janvier 1985, à deux heures. New Delhi. Chambre 261. Le téléphone de l’hôtel Impérial, annonciateur du drame, est rouge. Ecarlate. L’homme qu’elle aime lui annonce qu’il la quitte, pour une autre. Une trahison vécue par l’artiste comme le moment le plus douloureux de son existence.
 
Il y a enfin "l’après douleur". L’exorcisation du mal. Le deuil. Sous l’effet de la répétition, la douleur s’estompe, s’épuise à force d’être ressassée. On pense alors à Warhol et à sa série des chaises électriques. L’atrocité répétée, multipliée froidement devient progressivement supportable.
 
Et puis, au fil du temps, la mémoire chancelante déforme le passé, l’adoucit, le transforme. Mécanisme de défense ? De survie ? Les jours passent. Elle (l’) oublie peu à peu. Parallèlement, au fil des pages, l'écriture blanche sur fond noir devient grise, puis fonce progressivement jusqu'à disparaître.
 
Démonstration esthétique à laquelle vient s’ajouter une série de témoignages de personnes ayant répondu à la question: "Quand avez-vous le plus souffert ?". Un moyen comme un autre pour l’artiste de relativiser sa peine. Et ce, même si les douleurs ne sont ni comparables, ni mesurables. Il est toutefois troublant de constater, au travers des témoignages publiés, que les douleurs semblent toujours issues des mêmes drames, ceux liés à l’Amour et à la Mort !
 
Bel objet. Peu à lire. Tout à comprendre. Eloge de l’esthétisme. L’idée remplace le livre. Le texte est conceptualisé, mis en espace. Les photos deviennent des pièces à conviction, tamponnées comme telles. L’ensemble s’axe autour de trois thèmes, étonnamment si proches de mes (nos ?) préoccupations actuelles : l’imprévisibilité, la douleur et la mémoire.
 
Reste à élucider un point. Pourquoi "exquise" ? En quoi cette douleur est-elle "exquise" ? Je pense immédiatement au jeu d’écriture automatique inventé par les surréalistes. Je pense au "Corps exquis" de Poppy Z.Brite. Je cherche trop loin ! En médecine, "douleur exquise" serait le nom scientifique donné à une douleur intense et localisée en un point. Tout simplement.
 
"Quand avez-vous le plus souffert ?". Cette question aussi m’interpelle. Je devrais y répondre un jour. Y réfléchir.
 
Plus tard.
Oui.
Ce sera pour plus tard (…)


11:31 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/04/2004

Sérénité

 

 


 
 
 
 
 
 
"Si tu devais faire un voeu, là, maintenant, quel serait-il ?"
 
Réflexion...
 
Bonheur ?
Santé ?
Richesse ?
Amour ?
 
Non !
Trop...
Trop... fragile...
 
"Là, maintenant ? Je souhaiterais la tranquillité de l'âme, tout simplement (...)"


Illustration : La perte de sens [Marcel LUCAS]

12:43 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/04/2004

Témoignage

[...]
"La fausse question était l'amour. Que fallait-il croire ? Voyez le hérisson ! Problème ! Deux hérissons, deux problèmes ! Et l'amour ! La solution. Pensez au ventre mou, aux piquants sur le dos. Lisses, en temps normal, ces piquants mais susceptibles d'érection. Et l'érection, l'autre, la vraie, celle de l'accouplement ! Comment font-ils ?"
La salle béate et anxieuse suspendue aux lèvres de l'orateur attendait la réponse que Lacan retardait par taquinerie malicieuse en interrogeant encore :
"Comment font-ils ? Hein ? Pas facile !"
Et soudain en élevant les bras au ciel, il lançait la réponse sur un ton de reproche car nous aurions dû la trouver :
"Et bien... Ils se démerdent !"
Et voilà. C'est tout ce dont je me souviens du cours de Jacques Lacan : l'amour chez les hérissons.
[...]

 
Jean Thuillier, médecin et écrivain.

11:32 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/04/2004

Qui sait !

La nuit dernière, j'ai relu "De la vie heureuse" de Sénèque.
 
"Dans la vie, mon frère Gallion, c'est le bonheur que veulent tous les hommes; mais s'agit-il de voir nettement en quoi consiste ce qui peut réaliser la vie heureuse, ils ont un nuage devant les yeux. Non certes, il n'est pas facile de parvenir à la vie heureuse; car chacun s'en éloigne d'autant plus, qu'il court plus rapidement après elle (...)"
 
Peut-être, cette nuit, aurais-je envie de relire "De la tranquillité de l'âme".
Qui sait !

10:05 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/04/2004

Tout va très bien, Madame la marquise...

100.000 Belges, 1% de la population, sont atteints de psychose schizophrénique.  
 
100.000 Belges, 1% de la population, sont atteints de maniaco-dépression. 
 
100.000 Belges, 1% de la population, sont atteints de troubles borderline.  
 
50.000 Belges, 0,5% de la population, sont atteints de troubles paranoïaques.
 
200.000 Belges, 2% de la population, sont atteints de T.O.C. (troubles obsessionnels compulsifs). 
 
500.000 Belges, 5% de la population, sont atteints de dépression grave.
 
Parmi ces personnes, 50.000 se suicideront un jour (...) 

 
Source : http://fr.psychiatrie.be

13:14 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/04/2004

Private post

Vous ? Tu ?
Première difficulté...
J'opte pour le 'Tu'.
Avons-nous vraiment été samouraïs pour le même shogun ?
J'aime cette idée.
Karma.
Samsâra.
Etrange sensation.
Tout ne serait donc qu'éternel recommencement ?
Encore.
Et encore.
Nous serions-nous déjà croisés dans une vie antérieure ?
Peut-être.
Et dans celle-ci ?
Silence.
Et quand bien même, quel intérêt ?
Schizophrénie.
Paranoïa.
Hallucinations.
Lacan en aurait des choses à dire à ce propos...
Tu prétends que 'Tout est là'.
Faux.
Fatigue-toi !
Je te lirai.
Promis.

 
Signé : une inconnue

15:26 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/04/2004

Le juste choix

Pouvoir choisir ses futurs parents sur catalogue, avant sa naissance, est un privilège. Pour bénéficier de cette prérogative exceptionnelle, il faut avoir accumulé un certain nombre de points karmiques durant ses vies antérieures. C’était mon cas. Me voilà donc, à l’aube de ma vingt-deuxième réincarnation, chargée d’une responsabilité peu banale : sélectionner a priori mes futurs parents, sur base d’imposants listings tendus par une brochette d’anges bien intentionnés.
 
‘Commençons par le père’, me lancèrent-ils en choeur. Je constatai ainsi que, même au ciel, la galanterie ne semblait plus très prisée. Je me gardai toutefois de faire le moindre commentaire sarcastique à ce propos, compte tenu de la population locale. Effectivement, je vous confirme que tout ce qui a été dit quant au caractère asexué des anges est… faux. Soit !
 
Je commençai donc par le paternel [comme cela m’avait été si gentiment suggéré] et compulsai d’impressionnants catalogues d’attributs. Je constatai rapidement que toute une série de traits de caractère m’étaient imposés d’office. Il s’agissait bien entendu des propriétés communes à l’ensemble de la gent masculine. Je ne voudrais blesser personne en les énumérant ici, la liste n’étant pas [il faut bien l’avouer] très glorieuse. Je ne me permettrai pas non plus, rassurez-vous messieurs, d’émettre le moindre jugement sexiste… ayant moi-même été un homme dans certaines de mes vies précédentes.
 
Bon, revenons à nos moutons, ou plus exactement à mes parents. Alors, quel père choisir ? Ma préférence se porta spontanément sur un artiste. Contestataire, grandiloquent, charismatique et génial… cela va sans dire. Moue dubitative des anges en présence : ‘Les artistes sont de mauvais pères. Ils sont égoïstes et ne pensent qu’à leur art’, me sifflent-ils sournoisement. ‘Merveilleux’, m’exclamais-je, ‘J’ai toujours préféré les génies aux bons pères de famille’ ! Je confirmai donc mon choix avec empressement, priant Dieu qu’aucun de ces ‘rabats joie à plumes’ ne relance le débat. ‘Et si nous passions maintenant à ma future mère’, leur lançais-je avec enthousiasme, histoire d’éviter toute nouvelle contestation.
 
Second listing. Second choix. Cette fois, plus classique. J’optai pour une valeur sûre, indémodable. Une mère équilibrée, optimiste, joviale et courageuse. Pas trop brillante tout de même, afin d’éviter qu’un complexe parental d’infériorité ne vienne ternir une personnalité promise à un bel avenir. Je la choisis par ailleurs modérément affectueuse, me préservant ainsi des effusions grotesques dont j’ai toujours eu horreur.
 
Voilà, le sort en était jeté et ma requête officiellement communiquée aux instances supérieures. Il ne me restait donc plus qu’à attendre que mes futurs parents soient localisés et connectés. Une sorte de ‘mariage arrangé’ si vous voulez, n’en déplaise aux romantiques et autres doux rêveurs.
 
Suivra à cela l’intervention remarquée du célébrissime Cupidon [pour l’anecdote, aussi ridicule en vrai que sur les représentations qu’en font les humains] et son non moins célèbre arc à flèches. Vous connaissez la suite !
 
Voilà donc comment je choisis a priori ceux qui allaient devenir mes parents. Les anges avaient raison, avoir un père artiste, c’est pas facile tous les jours… mais bon, globalement, je suis assez satisfaite de mes choix. Oui, ce serait à refaire, je ne changerai rien. Ou alors, pas grand-chose (…)

09:10 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/04/2004

En attendant...

- Il paraît qu’elle l’a complètement démesuré.
- Quoi ?
- Et bien, son ego pardi !
- Oui mais lequel ?
- Comment ça lequel ?
- Lequel de ses ego ?
- Ah, son ego d’enfant.
- Et les deux autres ?
- Ne m’en parle pas !
- C’est grave à ce point ?
- Son ego d’adulte est sous dimensionné…
- Inquiétant !
- Oui, d’autant plus que c’est l’ego de la logique
- Et celui de la rationalité, du rapport objectif au monde.
- Exacte ! Et celui de la gestion des émotions.
- Bon, quid de l’ego parental ?
- Inexistant !
- C’est plutôt rare, non ?
- Un cas d’école !
- Les enfants, elle y pense ?
- Très peu, elle dit préférer les animaux.
- Son ego d’enfant ?
- Sans aucun doute !
- D’autres symptômes ?
- La liste est longue. Sur émotivité, immaturité, spontanéité, …
- Tu crois qu’elle est heureuse ?
- On devrait lui demander.
- Oui mais pour ça, il faudrait qu’elle arrive !
- On l’attend depuis combien de temps ?
- Des jours.
- Tu crois qu’elle viendra ?
- Nous verrons, Estragon, nous verrons…


09:27 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/04/2004

Signet

"S'il n'était pas possible qu'Alice fût en train de tomber (sérieusement) amoureuse d'Eric, alors peut-être était-elle en train de tomber amoureuse de l'amour.
Quel est donc ce curieux sentiment syntactiquement répétitif ?
Il exprime une certaine réflexivité au sein de l'état amoureux, qui fait que l'on tire plus de plaisir de son propre enthousiasme émotionnel que de l'objet amoureux qui l'a suscité."

 
Le plaisir de souffrir, Alain de Botton, Editions 10/18 Domaine étranger, page 71

09:16 Écrit par julie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |