21/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [10/10]

La boucle est bouclée. Dixième et dernier arrêt sur image. Et encore tant de choses à écrire sur l'Inde... Quel cliché choisir ? Je feuillette mes photos et tombe sur ce portrait de Marlise. Une femme formidable. Nous passions des heures à discuter de l'Inde, de l'Afrique, des voyages, de la vie, de l'amour, des hommes,... Marlise a fait le tour du monde. Elle n'a peur de rien. Ni de personne. 'Tu es une femme libre', me répétait-elle souvent. Et puis, il y avait tous les autres... Fifi et son grand coeur. Virginie et sa sensibilité si proche de la mienne. Hanu et sa tendre insouciance. Dans l'avion Kathmandu/Paris, j'ai repensé aux 'Hasards nécessaires' de Vézina. A chaque étape de notre vie, nous rencontrons des personnes apparues subitement et qui laisseront une trace indélébile. L'Inde... le Népal... sont aujourd'hui loin derrière. Gravés profondément dans ma mémoire. Dans mon coeur. Dans ma chair. Dixième et dernier arrêt sur image. La boucle est bouclée.
 
En Inde, j'ai fait une promesse. Celle d'y revenir un jour...

Inde, Agra, Marlise (Taj Mahal)

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18/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [9/10]

Difficile de parler de l’Inde sans aborder l’Erotisme. Il est partout. Omniprésent. Il fait partie intégrante de l’art et de la spiritualité. Les Indiens connaissent la fascination des Occidentaux pour le Kama Sutra, le Lingam, le Trantra ou encore les fresques érotiques de Khajuraho. Une fascination qu’ils exploitent à outrance. Trouver une miniature érotique ? Rien de plus simple. Il vous suffit de prononcer les mots magiques : ‘erotic painting’. Même chose pour le Kama Sutra, vendu à chaque coin de rue. Des versions édulcorées, traduites et illustrées... pour touristes en mal de sensations fortes. On en oublie presque le traité initial écrit au quatrième siècle sur les bords du Gange. Un véritable manuel d’éducation sur l’art amoureux. Depuis les jeux de séduction, la pratique du baiser jusqu’aux positions de l’amour. (...)
 
Inde, Khajuraho, Temple de Lakshman

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16/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [8/10]

Le Taj Mahal... construit entre 1631 et 1648 par l'empereur moghol Shah Jahan en souvenir de Mumtaz Mahal, son épouse disparue. 'Une larme sur la joue du temps'. 'Le joyau le plus parfait de l'art musulman en Inde'. L'immense mausolée de marbre blanc incrusté de pierres semi-précieuses est là... devant moi. La plus grande preuve d'amour de tous les temps. Dommage que j'aie dû aller si loin pour la trouver, ma belle histoire. (...)
 
Inde, Agra, Taj Mahal

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14/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [7/10]

Vingt-cinq minutes... C'est le temps durant lequel j'ai suivi à la trace ce moine bouddhiste après l'avoir photographié. J'avais envie de lui parler, de lui poser mille et une questions, d'en savoir plus sur sa vie et ses croyances. Ca aurait été un échange formidable. Malheureusement, je n'ai pas osé lui adresser la parole. Excès de timidité. Manque de confiance. Je me suis donc contentée de le suivre, de l'observer, d'analyser chacun de ses moindres gestes. Lentement, calmement, le vieil homme fait tourner les moulins à prières, dans le sens des aiguilles d'une montre. Le sens cosmique. Il plasmodie inlassablement 'Om Mani Padmé Hum', le mantra d'origine indienne le plus récité par les bouddhistes tibétains. 'Joyau dans la fleur de Lotus'. Par cette formule sacrée, les bouddhistes se libèrent de la pensée, font le vide, se concentrent sur la paix, l'harmonie et la tranquillité. A chaque moulin à prière, son pouce s'attarde sur une lettre : 'Om', le son originel. L'essence de l'Univers. Le mantra des Mantras. Soudain, il s'éloigne des moulins à prière et entre dans un temple. Je le suis toujours. Le vieil homme est immobile et fixe le mur. Un mandala. Une représentation concentrique de l'Univers, support à la méditation. Je pourrais le regarder des heures. Mais il est temps. Temps pour moi de lui dire au revoir et de retrouver les autres. Ce jour là, j'ai compris. J'ai compris qu'il n'était pas toujours nécessaire de parler pour apprendre. (...)
 
Népal, village tibétain, moine bouddhiste

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Inde/Népal : arrêt sur images [6/10]

Je vous présente Ganesh, le babar indien ! Le fils de Shiva et de Parvati. Le Dieu à tête d'éléphant. Le chouchou du panthéon des divinités hindoues. En Inde, Ganesh est appelé 'le Seigneur des obstacles'. Il est le protecteur du foyer, mais également celui qu'on invoque avant toute nouvelle entreprise. Un mariage ? Ganesh. Un voyage ? Ganesh. Une rencontre ? Ganesh. Ganesh. Ganesh. Partout, à la ville comme à la campagne, les lieux de culte dédiés au Dieu protecteur foisonnent. Dans mon coeur, Ganesh a rapidement remplacé Shiva, le dieu destructeur. Sa bonhomie et son ventre rond m'inspirent la sympathie, la confiance. Et puis... et puis il y a Hanuman, le dieu singe censé apporter courage et force d'âme. Mon préféré. Il me manque. (...)
 
Inde, Rajasthan, peinture murale

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12/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [5/10]

Trois kilomètres au sud de Kathmandu. Swayambunath. Deux yeux mi-clos. Un regard profond. Méditatif. Le troisième oeil, symbole de la sagesse et de la connaissance. A la place du nez, le chiffre ‘un’ en népali, soulignant l’Unicité. Sur le dôme d’un blanc éclatant ont été dessinées les pétales d’une fleur de lotus. Pureté. Des rectangles d’étoffes contenant des prières bouddhistes colorent le bleu du ciel. Nous sommes au pied de l’Himalaya. Bouddha veille sur la vallée de Kathmandu. Présence céleste. Bienveillance. Perché sur une colline à quelques 1400 mètres d’altitude, le stûpa de Swayambunath [devenu aujourd’hui l’emblème du Népal] est le plus ancien monument bouddhiste du pays. Le plus ancien mais également le plus énigmatique. (...)
 
Népal, Swayambunath, stûpa

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10/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [4/10]

Cinq heures du matin. Il fait encore nuit à Varanasi. Nous quittons l’hôtel. Les rickshaws nous déposent à l’entrée d’une ruelle étroite. Nous continuons à pied pendant une quizaine de minutes. Partout, des corps sont allongés à même le sol. Impression d’une ville fantôme, d’une ville mouroir. Ceux qui ne dorment pas mendient. Soudain, à quelques mètres, nous l’apercevons : le Gange est là, devant nous. Ganga Mata, la Mère Gange comme l’appellent les Indiens. Nous embarquons. Une légère brume recouvre la surface de l’eau. Silence. La rive est une succession de quais et d’escaliers, les fameux gaths. Derrière se dressent des temples et d’anciens palais à l’abandon. Atmosphère onirique. La vie et la mort, la réalité et le rêve se côtoient. Lentement, nous longeons les quais tandis que le soleil se lève. Immergés jusqu’à la taille, des hommes et des femmes procèdent à leurs ablutions rituelles. Ils se purifient le corps et l’esprit. Une aura mystique se dégage de l’ensemble. Intensité spirituelle. Ferveur religieuse. Nous approchons des gaths funéraires. Pour les Hindous, être incinéré le long du Gange, c’est échapper au cycle infernal des réincarnations. Incinération publique, à la vue de tous et toutes. Presque avec désinvolture. Sans gêne ni tristesse. Rêveuse, je fixe la surface de l’eau. Cette eau purificatrice dans laquelle on plonge les corps avant l’incinération. Cette eau sacrée dans laquelle on répand les cendres, on immerge les corps non brûlés des enfants et des lépreux. Cette eau tout droit issue des glaciers himalayens et dans laquelle se déversent les déchets d’une des villes les plus polluées au monde. Je plonge mon bras droit dans l’eau trouble et souris. Je rêve au mythe créateur selon lequel Shiva aurait détourné Ganga Mata du ciel et l’aurait recueillie dans sa chevelure afin d’en amortir la chute sur la Terre. Profonde impression de paix intérieure, de bien-être, de joie, de fierté, de tranquillité. Je souris. (...)
 
Inde, Varanasi, les gaths
 
Lecture conseillée : 'Une terrasse sur le Gange', Pankaj Mishra, Editions Calmann-Lévy

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08/12/2003

Inde/Népal : arrêt sur images [3/10]

L’Inde est avant tout un pays de contrastes. A l'arrivée, le plus surprenant est de voir ces femmes aux allures de princesse côtoyer la misère, la poussière, la saleté. Souvent, je ferme les yeux et revois leurs saris flamboyants, leurs bracelets aux mille couleurs, leur troisième oeil apposé sur une peau merveilleusement sombre (peut-être la plus belle qui soit). Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était croiser leur regard. Une expérience à la fois étonnante et enrichissante. Un coup d'oeil furtif, teinté de curiosité et d’admiration réciproque. Amusant... Amusant de voir comme la différence peut sembler belle et désirable. Un échange de regards qui se terminait le plus souvent par un sourire, franc et complice. (...) 
 
Inde, Orcha, femmes indiennes

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Inde/Népal : arrêt sur images [2/10]

Avant mon départ, j’avais entendu dire des Indiens qu'ils étaient de véritables ‘gloutons optiques’. Je ne comprenais pas réellement cette expression... jusqu’à ce que je me ballade dans les rues de Delhi. Les Indiens vous scrutent constamment, vous déshabillent du regard, vous observent de leurs grands yeux noirs. Vous allez en Inde pour voir et vous devenez ‘spécimen’. Vous êtes analysés, décortiqués, disséqués. A plusieurs reprises, je me suis amusée à soutenir ces regards fiers et arrogants qui se posaient sur moi avec insistance. Un petit jeu duquel je sortis systématiquement perdante. Jamais un Indien ne détourna le regard en premier. (...)
 
Inde, Delhi, gamin des rues

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Inde/Népal : arrêt sur images [1/10]

La première chose qu’on vous apprend en Inde, c’est comment vous comporter avec les mendiants et les vendeurs ambulants. Le mot d’ordre est aussi simple que cruel : ‘Ignorez-les, traversez-les comme si ils étaient transparents’. Le dédain, l’indifférence est un impératif vital. C’est ainsi que vous apprenez très rapidement à sillonner les hordes de lépreux, d’aveugles, d’estropiés, d’orphelins sans montrer le moindre signe d’apitoiement. Impassibilité. Un simple regard et vous êtes foutu, ils prendraient cela pour un encouragement ! Les premières heures, c’est difficile, vous vous sentez coupable. Et puis, ça devient comme une seconde nature, un automatisme. (...) 
 
Inde, Jaipur, mendiants

12:10 Écrit par julie dans Inde / Népal | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/12/2003

MOTHER INDIA

L’Inde. A peine arrivés, certains n’ont qu’une seule idée : prendre le prochain avion pour repartir. D’autres persévèrent, ont du mal à s’y faire mais, dès leur retour, ne rêvent que d’y retourner. Enfin, il y a les inconditionnels, les amoureux, ceux qui en gardent une nostalgie permanente.

Je fais partie de la seconde catégorie. Ceux que l’Inde a séduit progressivement. Ceux à qui elle a dû faire ses preuves. Ceux dont elle a finalement su conquérir le coeur malgré la poussière, l’extrême misère, les regards sombres et insistants, la pollution, l’injustice, l’infamie, le chaos, les corps décharnés, l’odeur pestilentielle, ...

Je me suis longtemps demandé ce que l’Inde avait de si particulier. Ce qui poussait certaines personnes à tout quitter pour s’y exiler un mois, un an, une vie. J’ai compris. L’Inde englobe. Mother India, mère de tous les égarés, aspire par succion. Comme l’écrit si justement Pascal Bruckner*, l’Inde insuffle une nonchalance qui pousse à ne plus résister à rien, à lâcher-prise.

Ca faisait un moment. Un moment que je cherchais, sans savoir réellement quoi. La réponse était ailleurs. Je l’ai trouvée en Inde. Le vide. Le relâchement du corps et de l’esprit. Cette impassibilité dont seuls les Indiens ont le secret. La liberté. S’égarer sur une terre qui offre à elle seule l’abject et le sublime. Ne plus penser à rien ni à personne. Lâcher-prise, tout simplement.

Depuis mon retour, je n’ai plus qu’un souhait : retrouver cette terre salvatrice. Retrouver l’odeur du bois de santal, la saveur des épices, la beauté des saris, la complainte des sitars, le ventre rond du dieu Ganesh, la finesse des miniatures, les femmes aux allures de princesse, l’effervescence des rues poussiéreuses, le charme des rickshaws, la nonchalance des vaches sacrées, les peaux sombres au goût de safran, ...

En Inde, j’ai fait une promesse. Celle d’y revenir un jour ...

 
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* Parias, Pascal Bruckner, Editions du seuil, 1985.
A lire également : ‘L’Equilibre du monde’ de Rohinton Mistry, ‘L’Odeur de l’Inde’ de Pier Paolo Pasolini, ‘Nocture indien’ de Tabucchi, ‘Renaître en Inde’ de Guy Deleury, ‘Une princesse se souvient’ de Gayatri Devi.

08:42 Écrit par julie dans Inde / Népal | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/11/2003

OM

Ganesh : vous savez déjà qui sera la suivante ? 

Parvati : oui, elle se prépare... elle arrive dans quelques jours...

Shiva : comment s’appelle-t-elle ?

Parvati : une certaine Julie...

Ganesh : nous connaît-elle ?

Parvati : oui, elle nous a découvert dans les livres. C’est toi qu’elle préfère Shiva. Tu la fascines. Toi, le Dieu des Oppositions. Toi qui mène le monde et réconcilie Destruction et Création, Obscurité et Lumière, Haine et Amour.

Shiva : sait-elle qu’il faut parfois détruire l’Univers pour mieux le recréer par la suite ?

Parvati : elle l’a appris à ses dépens, comme beaucoup d’autres avant elle.

Ganesh : est-ce pour cela qu’elle vient jusqu’à nous ?

Parvati : renaître en Inde ? Elle n’est pas dupe. Ce serait trop facile. Son moteur ? La curiosité. Le désir de mettre en danger ses convictions les plus profondes.

Shiva : sait-elle que le bonheur n’est pas ailleurs ?

Parvati : le bonheur est là où tu veux qu’il soit. Elle le sait. Comme elle sait que le bonheur est fragile. Une denrée rare.

Ganesh : a-t-elle peur ?

Parvati : une peur viscérale. Celle de l’Inconnu. Le genre de peur qui tore les entrailles, qui retourne l’estomac, qui enflamme les viscères. Mais elle aime cette sensation, elle en redemande. Elle se sent vivre. Et quand la crainte se fait trop forte, elle porte à son coeur une amulette. Elle la sert entre ses doigts et sourit...

Shiva : que voit-elle quand elle ferme les yeux ?

Parvati : le Gange... les Ghats... les bains rituels... les bûchers funéraires... Dans la vie comme dans la mort, il est important de se purifier avant de renaître. Ca aussi, elle l’a compris il y a bien longtemps.

Shiva : et est-elle consciente de la misère insoutenable qui l’attend ? De l’odeur pestilentielle, de la crasse, du bruit, du chaos, ...

Parvati :  non. Elle verra son coeur se déchirer, elle détournera le regard malgré elle, elle se sentira inutile, ... L’impact sera violent. L’injustice lui rongera le corps et l’esprit. Des larmes couleront sur ses joues d’enfant. Elle grandira dans la douleur.

Ganesh : et nous, nous resterons là sans rien faire ?

Parvati : nous... nous devrons lui ouvrir les yeux. Nous lui insufflerons l’essence même de l’Hindouisme. Nous la guiderons sur les traces de Siddartha. Nous lui indiquerons la voie du juste milieu.

Shiva : je suis impatient de la rencontrer...

Ganesh : moi, Dieu à tête d’éléphant, je voudrais déjà veiller sur elle...

Parvati : patience, elle sera là dans quelques jours... patience...
 
Les Dieux se regardèrent un instant, sans rien dire. Ganesh sourit en repensant à l’amulette. Soudain, Shiva prononça le son sacré par lequel débute toute prière... Om. Les autres suivirent. Om...
 
Ce soir là, Julie s’endormit paisiblement, sans doutes, sans regrets, sans peurs... comme bercée par un son lointain, à la fois étrange et rassurant.

08:12 Écrit par julie dans Inde / Népal | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |